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Au-delà de la dualité

Zazen - Retraites - Sesshin

Rubrique : Kusen retranscrit

Étiquette : 2016 | Yuno Rech

Pendant zazen ne laissez pas votre tête pencher en avant. Redressez là, étirez bien la colonne vertébrale et la nuque, poussez le ciel avec le sommet de la tête et la terre avec les genoux. Surtout recherchez le tonus juste de votre corps qui ne doit être ni trop tendu, ni trop relâché. Cela implique d’observer attentivement son propre corps et devenir intime avec lui. Cette attention au corps permet de ne pas adhérer à ses pensées.

Concentré sur le corps, on laisse passer toutes les fabrications du mental. Au lieu de suivre ses pensées on suit sa respiration. Si pendant une respiration une pensée apparaît, durant l’expiration, elle s’en va. Juste le temps de prendre conscience de ce qui apparaît et on laisse passer. De sorte que l’esprit n’est jamais encombré et toujours disponible. Prêt à refléter ce qui se présente tel que c’est, sans commentaire, sans analyse. Juste voir que c’est simplement cela, tel quel, sans ajouter de complication.

Autrement dit, en zazen on arrête de penser avec le mental ordinaire, avec sa tête seul et on retrouve une manière de penser avec le corps tout entier. Cette pensée avec le corps ne crée pas de séparations. Elle perçoit intuitivement la non-séparation. Non séparation entre le corps et l’esprit qui sont simplement deux modalités d’un même être, non séparation du haut et du bas, du ciel et de la terre et surtout non séparation entre soi et les autres.

Bien sûr d’un certain point de vue il y a séparation, chacun a ses propres caractéristiques, son histoire, il n’y a pas deux personnes identiques. Et d’un point de vue plus profond, ce qui caractérise l’essence même de notre existence, nous sommes semblables, nous naissons, nous mourons et nous vivons en totale interdépendance avec tout l’univers. L’air que nous respirons, l’énergie que nous recevons, à travers le soleil, les aliments et toutes les interactions entre personnes.

Percevoir cette unité au-delà des séparations c’est ce qui permet de sortir de l’enfermement, de l’isolement dans notre propre ego et de pouvoir éprouver de la sympathie et de la compassion à l’égard de tous les êtres par-delà même le fait de les aimer ou pas. La pratique de zazen, l’esprit en zazen ne se laissent pas enfermer dans ses préférences et ses aversions. On les perçoit mais on ne s’y arrête pas.

Ainsi on réalise un esprit équanime capable d’entrer en relation de la même manière quelque soient nos préférences à l’égard des êtres. Et surtout le fait de ne pas s’enfermer dans ses pensées, dans ses fabrications mentales nous rend disponibles à nous mettre à la place des autres. A ne plus rester enfermé sur notre position et pouvoir rapidement changer de position, de point de vue et ainsi d’avoir une meilleure compréhension des êtres et des situations. Autrement dit c’est réaliser ce que l’on appelle un esprit souple. Capable de faire l’aller-retour entre soi et l’autre sans jamais se figer sur une position.

Lorsqu’il enseigna la voie, le chemin pour réaliser l’éveil qu’il avait lui-même réalisé, le bouddha enseigna d’abord la compréhension juste, la compréhension de l’impermanence, de la non-substantialité de toutes choses créées, mais aussi la pensée juste qui est une manière de penser qui s’harmonise avec cette compréhension. Autrement dit une pensée de compassion et de bienveillance. A l’égard de tous les êtres dont on ne se sent pas séparé.

La dimension la plus profonde de zazen c’est de revenir à l’état d’avant toute séparation, autrement dit à la non séparation, l’unité qui permet de surmonter les sentiments de manque et de solitude. Nos désirs sont très souvent, au-delà de la satisfaction de nos besoins, l’expression d’une nostalgie d’un état de plénitude au-delà de tout manque. Et cette nostalgie nous fait courir après toutes sortes de désirs, dans l’espoir de combler ce manque qui ne peut l’être par aucun objet en réalité, mais par une révolution intérieure, par ce retour à l’état d’avant toute séparation. Qui n’est pas un retour dans le passé mais un changement de point de vue ici et maintenant.

Le changement de point de vue c’est zazen qui le réalise. En nous permettant d’aller au-delà de notre point de vue ordinaire, de notre conscience conditionnée par la dualité.

C’est ce qui se passe lorsque l’on peut simplement s’asseoir sans poursuivre aucun objet, en étant simplement disponible et accueillant à la réalité telle qu’elle est.

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