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Notre vie est la voie

Zazen - Retraites - Sesshin

Rubrique : Kusen retranscrit

Étiquette : 2017 | Yuno Rech

Autrefois, la voie du zen était pratiquée par des moines qui vivaient dans des monastères et qui pouvaient se concentrer sur la pratique de la voie 24h sur 24.

Toute la vie y était organisée pour que tous les aspects de la vie quotidienne soit en unité avec la voie de zazen.

Cette voie a été transmise de maître à disciple pendant de nombreux siècles et est arrivée jusqu’à nous qui ne pratiquons pas dans les monastères et cependant nous aspirons à ce que notre vie soit aussi en harmonie avec le zazen, c’est-à-dire une forme de pratique de la voie de l’éveil.

Alors pour cela il y a un certain nombre de principes dans la vie monastique dont nous pouvons nous inspirer pour mener notre vie quotidienne de façon plus harmonieuse, en tout cas plus en harmonie avec la voie. Il ne s’agit pas d’en faire une obligation mais de vivre de telle sorte que notre aspiration la plus profonde soit satisfaite. Cela implique par exemple de faire zazen chaque jour et autant possible le matin, même, si on ne peut pas venir au dojo tous les jours, au moins faire zazen quelques minutes chaque matin, de façon que ça soit le zazen qui comme un coup de gong, transmette sa vibration dans toutes les activités de la vie quotidienne.

En zazen, on abandonne le mental ordinaire qui discrimine sans cesse entre bon, mauvais, bien ou mal. Dans la vie quotidienne, on a tendance à discriminer entre ses activités. Il y en a qui sont considérées comme des corvées, les obligations que l’on subit, éventuellement on n’aime pas son travail, on n’aime pas faire le ménage, les courses, on n’aime pas faire la cuisine, toutes sortes de choses que l’on peut faire quotidiennement qui souvent sont vues comme frustrantes.

Alors le remède c’est d’apprendre à aimer ce que l’on fait, à y voir une occasion de pratiquer la voie.

On ne peut pas changer la vie mais on peut changer la manière de la vivre.

On peut faire en sorte que ce que nous faisons par habitude, par obligation, soit fait avec une totale adhésion du corps et de l’esprit, comme tant à chaque moment, la chose la plus importante. Pas quelque chose dont l’on se débarrasse pour passer à quelque chose de plus intéressant mais comme la chose importante. Cela implique évidemment de prendre son temps car si l’on a beaucoup trop d’activités, chaque chose que nous faisons, nous essayons de nous en débarrasser au plus vite pour passer à l’activité suivante.

Il est important de faire de la place dans son emploi du temps, dans sa vie. Cela implique de dire non à des sollicitations. Cela implique de ne pas être trop pressé pour pouvoir faire les choses calmement, chaque chose en son temps, quand c’est le bon moment. Cela va à l’encontre de la mode actuelle, cette mode actuelle aboutit à beaucoup de stress et de frustration donc il faut bien regarder ce qui ce passe dans la vie, essayer de rectifier le tir de manière à remédier à ce qu’il y a d’insatisfaisant dans la vie quotidienne.

De manière générale de revenir à l’essentiel, d’être capable d’être un avec la vie de chaque instant, en n’étant pas obnubilé avec ce que l’on projette de faire, de par nos remords ou nos regrets par rapport au passé, ce qu’on a fait ou à ce qu’on n’a pas fait, ce que l’on aurait pu faire.

Cela implique de ne pas toujours avoir le nez dans le guidon mais pouvoir lever la tête et observer le paysage, voir ce qui se passe en nous et autour de nous et prendre son temps comme vous prenez le temps de bien vous asseoir en zazen dans ce dojo maintenant.

La vie dans un monastère ou dans un dojo est ponctuée par les rituels, ces rituels ne sont pas de la bijouterie. C’est l’occasion de réaffirmer à chaque fois les valeurs de notre pratique de la voie.

Dans la vie quotidienne un minimum de rituels est important, par exemple de ne pas se précipiter sur la nourriture mais se rappeler les 5 phrases que nous récitons dans le Bussho kapila. Ces 5 phrases sont une sorte d’examen de conscience.

Est-ce que nous méritons cette nourriture qui arrive devant nous grâce au travail de nombreuses personnes auxquelles nous exprimons notre gratitude pour ce qui nous permet de manger ?

Nous mangeons bien sûr pour la santé de notre corps mais aussi pour pratiquer la voie de Bouddha sinon à quoi bon maintenir un corps en bonne santé si ce n’est pas pour pouvoir mener une vie éveillée.

Il en est de même pour d’autre activités quotidiennes. Par exemple, nous lavons notre corps, c’est peut être une habitude hygiénique mais ça peut être aussi un rituel de purification.

Nous travaillons, ça peut être une corvée et peut être aussi une occasion de se concentrer sur ce que nous faisons, de dédier notre énergie et notre concentration pour le bien être de la communauté à laquelle notre travail est destiné.

Alors ce travail devient un fuse (don) et donc une source de joie. Quelque soit la nature de ce travail, à condition qu’il ne participe pas à des activités nocives.

Au dojo, on apprend à pratiquer sans esprit de profit mushotuku. Les mérites de zazen vienne par-dessus le marché, sans qu’on les attende, d’autant mieux que l’on ne les attend pas.

Dans la vie quotidienne quand nous parvenons à pratiquer avec cet esprit mushotoku, nous n’attendons pas de reconnaissance, profit, avantage, promotion, alors notre travail devient une grande libération. Un emploi de notre énergie libérée de tout attachement comme le jeu des enfants qui jouent pour jouer, pas pour gagner quelque chose.

Il y a également un point qui est important dans la vie monastique que l’on retrouve dans les sesshin, c’est la régularité. De même que le soleil se lève toujours à l’est et se couche à l’ouest. Dans un monastère il y a une régularité de la vie quotidienne. Parfois il y a des jours de repos, on se lève un peu plus tard mais en général on commence toujours à la même heure, on commence par zazen, on enchaîne sur la cérémonie, le déjeuner, le travail (samu), les taches sont relativement répétitives, alors si l’on est centré sur son ego on a tendance à trouver ça ennuyeux car l’ego cherche toujours la nouveauté, de nouvelles sources de satisfaction.

Toute la publicité d’ailleurs à l’heure actuelle est axée à stimuler ce gout de la nouveauté, il vante toujours les mérites d’un nouveau produit, d’un nouveau service.

Dans la vie monastique on ne se lasse pas de la répétition régulière des mêmes activités simplement parce que l’ego est abandonné, il ne nous dicte plus nos préférences et nos aversions. C’est la pratique de la voie qui prend le relais de notre petit ego pour orienter notre activité, notre vie.

Alors pour nous qui pratiquons en ville, c’est parfois un peu contradictoire, on n’est pas dans un monastère, on ne peut pas avoir une vie aussi régulière qu’une vie monastique. On est soumis à toutes sortes d’influences. Ce qui fait qu’on a du mal à garder une ligne droite, on va dans une direction alors certaines chose nous influencent, on a tendance à changer de direction. Il est plus difficile d’être constant. Mais en même temps si l’on n’est pas constant, on n’approfondit rien, l’esprit se disperse, l’énergie également, on n’approfondit rien.

C’est pourquoi la pratique de la voie comme nous la pratiquons en ville, dans un dojo, au milieu de nos activités quotidiennes est particulièrement difficile mais en même temps c’est la meilleure chose que l’on puisse faire.

Si on est convaincu de cela alors les obstacles mêmes de la pratique de Gyoji (pratique constante) deviennent des occasions d’éveil, d’apprendre à mieux se connaitre soi-même, à lâcher prise avec ses attachements et de revenir à l’essentiel, toujours.

Alors rien ne nous dérange véritablement.

Avec l’esprit vaste de zazen tout devient la pratique de la voie.

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