La soixante-treizième porte du Dharma
Kusen de maître Yuno Rech à Gyobutsuji le mardi 30 août 2016.
Pendant zazen, grâce à la concentration sur la posture du corps et à l'attention à la respiration, l'esprit devient clair. Il est capable de discernement, on voit clairement tous les phénomènes qui surgissent dans la conscience, mais on ne s'y attache pas, on ne s'attache à aucune pensée et surtout on ne crée pas de jugement, de discrimination.
Et même si un jugement, une discrimination surgissait dans notre esprit, cela serait observé comme un phénomène. Un phénomène sans substance, impermanent, qui apparaît et qui va disparaître, et on ne s'y attache pas non plus.
C'est ce qui permet de réaliser l'état de samadhi, la grande concentration semblable à un vaste miroir. C'est la soixante-treizième porte du Dharma qui dit que le samadhi juste produit la non-discrimination.
Le samadhi juste, c'est la stabilité complète de l'esprit. Ce n'est pas l'absence de pensées, c'est l'absence d'attachement à aucune forme de pensées, donc la capacité de l'esprit de refléter tous les phénomènes comme ils apparaissent et tels qu'ils sont en réalité, ce qui veut dire que le samadhi n'est pas seulement concentration, il est aussi observation, vision juste.
Il est ce qui permet la vision juste et celle-ci est ce qui permet au samadhi de continuer ou de revenir, même après une période de perturbation. On confond souvent le samadhi avec l'absence totale de pensées, mais ce n'est pas le cas. C'est l'absence d'attachement aux pensées et en particulier aussi à l'état de samadhi lui-même. Car, si lorsque l'on parvient à un état de grande concentration et de paix de l'esprit, on s'attache à cet état, le fait même de s'y attacher suscite la peur de le perdre et le fait disparaître aussitôt.
Donc, le samadhi juste implique le non-attachement au samadhi lui-même. C'est ce qui permet la véritable non-discrimination, non-discrimination même entre l'état de samadhi et l'état ordinaire. C'est ce qui s'exprime dans le célèbre koan : « L'esprit ordinaire est la Voie » - Heijo shin kore do.
Le véritable samadhi juste englobe l'esprit ordinaire et permet de réaliser la véritable Voie, la Voie de libération d'avec nos attachements et nos causes de souffrance. Ça implique de ne pas saisir quoi que se soit et donc de continuer zazen avec un retour constant à l'attention à la posture et à la respiration et au lâcher-prise, instant après instant, d'avec toutes nos tendances à demeurer sur des pensées ou des émotions, des sentiments.
Le véritable samadhi se réalise lorsque l'on peut voir clairement tout ce qui se passe, avec un esprit vaste qui englobe toute chose, qui ne rejette rien, mais qui ne demeure sur rien non plus. C'est ce qui permet de faire apparaître une sagesse profonde qui ne se contente pas de comprendre la véritable nature des phénomènes, mais qui nous permet de nous harmoniser avec cette véritable nature, en ne stagnant sur rien, en retrouvant constamment un esprit frais et neuf, prêt à accueillir la nouveauté de chaque instant comme un miroir. Le miroir ne saisit rien, mais ne rejette rien non plus.
C'est ce qui permet, lorsque l'esprit fonctionne comme un miroir, de rester équanime, quoi qu'il arrive. Mais, même si cette équanimité disparaît pour un temps, on observe cette disparition, sans discrimination, sans rejet. Autrement dit, on est capable de dire oui à la réalité de chaque instant, au-delà de toute discrimination.
Alors, tout devient occasion de pratique et l'esprit quotidien devient véritablement la Voie de la libération.






