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Sur le précepte de ne pas voler

Roland Yuno rech : Voler au sens large, c'est prendre ce qui ne nous appartient pas. D'un point de vue relatif, on peut posséder des objets, des relations, des connaissances et même un karma, ce qui fait de nous des êtres différents. Mais du point de vue absolu de la vacuité, nous ne pouvons rien posséder.

Alors non seulement voler, mais être possessif et avare sont une forme de vol. Par ailleurs participer à une activité qui entraîne l'exploitation d'autres personnes est aussi une forme de vol. Consommer plus que nécessaire en polluant l'environnement, en pillant les ressources naturelles sont aussi des formes de vol au sens large. Utiliser les objets des autres sans leur permission, emprunter sans intention de rendre sont aussi des formes discrètes de vol.

Point de vue du zen sur le vol

Au sujet du second précepte "ne pas voler", Maître Keizan disait: "Cessez de discriminer entre sujet et objet. Le sujet et l'objet sont un, alors la porte de l'Eveil est grande ouverte".

Depuis notre enfance, nous avons appris à penser: "il y a moi et puis il y a le monde, les objets et les personnes qui m'entourent; les deux sont complètement séparés et différents, ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est à toi, je suis moi et tu es toi". Ainsi apparaît l'esprit possessif, la peur de perdre, le désir d'obtenir, quitte à voler ce qui ne nous appartient pas.

A l'époque du Bouddha, il y avait un homme qui s'appelait Hogen qui était fort riche. Un jour Bouddha lui dit: "Tu ne dois pas prendre ce qui ne t'appartient pas". C'est devenu son "koan" et il pensait souvent: "Je ne peux pas prendre ce qui ne m'appartient pas. Mais qu'est-ce qui m'appartient et qu'est-ce qui ne m'appartient pas"? Il réfléchit longuement à la question: "Est-ce que l'argent que je possède est vraiment à moi, s'il était réellement à moi il serait constant, sans changement; or, hier mon porte-monnaie était plein, aujourd'hui il est vide. Autrefois j'étais riche, je possédais une jolie maison, beaucoup de richesses, aujourd'hui je suis devenu moine, je ne possède plus rien. Toutes ces possessions d'autrefois n'étaient donc pas à moi".

Chacun peut se poser la même question, tout ce que nous croyons posséder, nous risquons toujours de le perdre, pas seulement les biens matériels, parfois même les amis, les êtres aimés, rien ne demeure tel quel, tout se transforme constamment. Notre corps, que nous croyons être ce qu'il y a de plus intime à nous-mêmes ne nous appartient pas réellement :il nous a été donné par nos parents et s'est développé à l'aide de l'énergie cosmique.Un jour il redeviendra poussière. Alors, s'il n'y a rien que je puisse posséder en propre, il n'est pas possible de voler; seulement l'illusion de l'ego peut faire de moi un voleur, l'ego lui-même est le voleur, il vole une position qui ne lui appartient pas en prétendant être ce qu'il n'est pas. S'il en est ainsi, c'est parce que nous ne pouvons à aucun instant exister seuls, nous faisons partie de la nature, de la chaîne des productions conditionnées. Notre corps, notre esprit appartiennent à tout l'univers qui n'est pas séparé de nous. Quand on ressent cette non-séparation, l'ego possessif s'évanouit et même si nous ne pouvons rien posséder définitivement, en réalité il ne nous manque rien.

Maître Kodo Sawaki disait: "Bouddha veut dire ne rien posséder, tout à fait comme l'eau pure qui est sans souillure". Dans notre pratique, ce qu'on appelle souillure, c'est ce qui crée des séparations, des oppositions; lorsqu'on pratique zazen,la méditation zen, on ne recherche rien, on ne rejette rien, on abandonne le fonctionnement de notre esprit qui crée des séparations.Alors la porte de l'Eveil est grande ouverte.

Aussi, non seulement il n'est plus possible de voler mais notre pratique devient don pour tout l'univers, le contraire du vol. Quand on ne pratique plus ni pour soi-même, ni même pour les autres, sans créer de séparations quelles qu'elles soient, alors le zazen que nous pratiquons exerce une influence illimitée, devient comme une offrande pour tout l'univers, inconsciemment et naturellement.

Voler par besoin est-il recevable ?

Si c'est indispensable à la survie, c'est tout à fait excusable. Mais si l'on pense de façon générale que voler par besoin est recevable, les besoins étant nombreux et divers, et leur importance difficile à évaluer, c'est la porte ouverte à la justification de beaucoup de vols. Mieux vaut suivre les recommandations de Bouddha d'avoir peu de besoins, de se satisfaire de ce que l'on a, et surtout réaliser que notre bonheur ne dépend pas de ce que nous possédons mais de ce que nous sommes.

Quels sont les liens entre vol et désir, vol et plaisir ?

La non réalisation de notre besoin fondamenta, c'est à dire comprendre la nature et donc le sens de notre existence et s'harmoniser avec cette nature, conduit au développement des désirs. En se multipliant par la poursuite d'objets finalement insatisfaisants, ces désirs développent l'avidité qui demande à être satisfaite le plus vite possible. Telle est la porte par laquelle on peut être conduit à voler, voir à violer, qui est une forme violente de vol.

Si plaisir il y a dans le vol et la poursuite des objets de désir, ce plaisir est bien éphémère et se transforme vite en souffrance, voir en dépression si on ne comprend pas qu'aucun objet ne pourra jamais combler notre désir fondamental qui est spirituel et nous porte à retrouver notre unité originelle avec tous les êtres.

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