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Maître Huang Po

Zazen - Retraites - Sesshin

Rubrique : Kusen retranscrit

Étiquette : 2003 | Yuno Rech

Ces deux kusen de maître Yuno Rech sont tirés du livret "Gyobutsuji" intitulé "MAÎTRE HUANG PO et autres Kusens et Mondos" édité par le Dojo zen de Nice en 2004.


Pensée intentionnelle

Kusen du Mardi 15 juillet 2003 à Gyobutsuji

Pendant zazen, on revient constamment à la concentration sur la posture assise, la verticalité du dos. Les épaules sont relâchées, le ventre détendu et on est attentif à la respiration. En portant ainsi son attention à la posture du corps et à la respiration, l’agitation mentale se calme et on peut observer ce qui apparaît et disparaît à chaque instant, en ne rejetant pas ce qui apparaît, quelles que soient les pensées, les émotions qui surgissent et en ne les retenant pas au moment où elles disparaissent.

C’est l’attitude fondamentale de zazen qui est valable également dans la vie quotidienne.
Ne pas saisir, ne pas garder, ne pas rejeter, cela ne veut pas dire ne rien sentir, ne rien voir ou ne pas penser. Cela ne veut pas dire devenir indifférent à soi-même ou aux autres, mais simplement réaliser un coeur et un esprit détaché, dénoué.

Maître Huang-po (en japonais Õbaku Kiun) disait : « La seule chose que le disciple doit craindre, c’est qu’une seule pensée le détourne immédiatement de la voie » et il ajoutait : « L’absence d’activité intentionnelle à tout moment, voilà précisément la voie de Bouddha ».

La pensée qui peut nous détourner de la voie, ce n’est pas la pensée qui surgit inconsciemment et naturellement mais la pensée intentionnelle. Par exemple, en zazen, ce serait de vouloir quelque chose, vouloir saisir, rejeter, vouloir le satori, vouloir devenir Bouddha consciemment et persister dans cette intention en pensant que c’est la pratique de la voie. Par contre, si une intention ou un désir se manifeste, sans le refouler ni le réprimer, on en prend naturellement conscience et on le laisse passer sans retenir, sans rejeter.

Dans ses recommandations, Huang-po disait que ceux qui veulent devenir bouddha, c’est-à-dire éveillé, n’étudient rien de la méthode spirituelle de Bouddha car la non-recherche et le non-attachement suffisent. C’est revenir à l’essence de l’expérience de Bouddha. Le Bouddha Shakamuni avait beaucoup cherché, beaucoup pratiqué et finalement, c’est lorsqu’il a cessé de rechercher quoi que ce soit et qu’il s’est concentré seulement sur zazen, abandonnant tout objet, toute intention qu’il est réellement devenu « un » avec zazen. Il a pu également devenir « un » avec tout l’univers et s’éveiller avec l’étoile du matin. Avec tous les êtres.


L’existence « avec »

Kusen du Mercredi 16 juillet 2003 à Gyobutsuji

Dans la vie quotidienne, nous sommes le plus souvent tournés vers les objets du monde extérieur. Lorsque l’on entre dans le dojo, on s’assoit face au mur et notre attention est tournée vers l’intérieur de nous-même. On est concentré sur la posture du corps, sur la respiration. On pense que la pratique de zazen consiste à observer son esprit. Mais si on est assis avec cette intention d’observer son propre esprit alors, on crée une séparation entre cette intention et l’esprit lui-même. L’esprit ne pouvant se saisir lui-même, cette intention est impossible à réaliser.

Maître Huang-po recommandait d’oublier à la fois les objets et l’esprit, de ne s’attacher ni aux uns ni à l’autre. Sûrement en entendant cela, vous acceptez, pendant zazen tout au moins, de renoncer à poursuivre les objets du monde extérieur mais abandonner son propre esprit est beaucoup plus difficile à accepter. Comme le remarquait Maître Huang-po : « On craint alors de tomber dans le vide sans plus avoir quoi que ce soit pour se raccrocher. » C’est sans doute la raison pour laquelle durant zazen, les pensées surgissent sans cesse comme pour éviter de se confronter avec ce que l’on croit être le vide. C’est comme allumer un poste de radio pour masquer le silence, pour remplir le volume de la pièce.

En réalité, comme le remarquait Maître Huang-po : « Cette crainte est injustifiée ».

En zazen, abandonner son esprit au sens d’abandonner l’attachement aux pensées, en réaliser la vacuité, l’absence de substance fixe, ce n’est pas rencontrer le vide.

Au contraire, c’est la rencontre de notre existence constamment reliée à notre environnement, aux autres, à tous les êtres. La vacuité que l’on rencontre dans la pratique, c’est l’absence de séparation, c’est l’existence constamment reliée. Ce qui fait dire que cette existence est sans ego, sans substance autonome propre. Cela n’a rien à voir avec le vide qui donne le vertige et dans lequel on aurait peur de tomber.

Au contraire. Huang-po qualifiait cette rencontre avec la véritable nature de notre existence de « domaine absolu ». Cette véritable nature de l’existence, on ne peut l’assimiler à un objet, ni la mesurer, ni la décrire comme étant comme ceci ou comme cela. C’est notre existence en totale interdépendance avec tous les êtres. De quelque coté que l’on se tourne, on ne rencontre que l’existence sans séparation.

C’est à cette nature de l’existence que le Bouddha s’est éveillé en contemplant, en zazen, l’étoile du matin. C’est ce qui lui a fait s’exclamer qu’il avait réalisé l’éveil avec tous les êtres. Dans cette expression, le mot « avec » est sûrement le plus important.

Pénétrer véritablement cette existence « avec », cette existence reliée, c’est réaliser une existence qui n’a pas de naissance ni de mort et qui est en constante transformation, audelà de toute forme fixe. En zazen, nous pouvons expérimenter constamment cet « audelà de toute forme fixe ». Si on cherche à devenir intime avec son propre esprit, tout ce que l’on peut rencontrer, c’est cette absence de forme fixe. S’harmoniser avec cela, l’accepter, le vivre complètement, c’est retrouver un esprit fluide, sans aucune fixation, sans aucune coagulation mentale. Dans la voie du Bouddha, s’éveiller à cette réalité et retrouver une véritable et profonde libération, sont deux choses qui fonctionnent ensemble, qui ne peuvent pas être séparées. Réaliser cela en le recherchant n’est pas possible. C’est pourquoi Maître Huang-po recommandait le non-esprit, c’est à dire la pratique au-delà de toute intention, sans arrière pensée, sans calcul, qui permet la réalisation d’une silencieuse coïncidence entre ce que nous sommes au fond et ce que nous vivons ici et maintenant. C’est retrouver l’authenticité de notre vie.

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