Ces kusen de maître Yuno Rech sont tirés du livret "Gyobutsuji" intitulé "UNE PRATIQUE" édité par le Dojo zen de Nice en 2003.
La dimension religieuse de zazen
Jeudi 4 septembre 2003 – le matin
Pendant zazen, on est complètement concentré sur sa posture, sur sa respiration, sur sa propre pratique. Face au mur, on ne poursuit aucun objet extérieur. L’attention est tournée vers l’intérieur : observer son corps, corriger sa posture, être attentif à sa respiration, observer les pensées ou les émotions qui surgissent d’instant en instant et les laisser passer. Si on est véritablement concentré sur tout cela alors en réalité, on est complètement absorbé par la pratique. Même si on parle d’être concentré sur sa posture, ce n’est plus une posture personnelle. C’est la posture dans laquelle corps et esprit sont dépouillés, abandonnés. L’attachement au corps et à l’esprit est abandonné. S’identifier à son propre corps est la base de l’ego alors dans ce dépouillement, l’ego également est abandonné, oublié. Ce n’est plus moi-même qui pratique, ce n’est pas non plus quelqu’un d’autre. C’est au-delà de cette séparation entre moi et les autres.
On dit parfois que c’est zazen qui pratique zazen : cela pratique, cela respire. Ce n’est pas moi, c’est au-delà de moi et des autres. C’est la raison pour laquelle on enseigne parfois que si une seule personne pratique zazen, ce zazen inclut tout l’univers. Bien sûr, la différence qui est abolie en soi-même persiste dans le monde extérieur. Cela serait trop beau s’il suffisait de faire zazen pour que le monde entier soit en zazen. Cependant, ce zazen a le pouvoir d’influencer tout notre environnement. Par exemple, lorsque l’on arrive à la Gendronnière ou dans un dojo où une longue pratique de zazen a continué, même s’il n’y a personne, on reçoit l’influence du zazen qui a été pratiqué dans ce lieu. Et lorsque soi-même, on quitte le dojo pour rentrer dans la vie quotidienne, même sans le vouloir consciemment, on transmet quelque chose de zazen. On ne peut pas se séparer du zazen qui a été pratiqué. L’influence de ce zazen persiste à travers soi et au-delà de soi. On le transmet inconsciemment aux autres.
En zazen, on conseille toujours de tourner le regard vers l’intérieur, de se concentrer sur sa posture, sur sa respiration mais le zazen est bien au-delà d’une pratique personnelle. C’est ce qui fait sa véritable dimension religieuse, ce qui nous relie à l’essentiel présent chez tous les êtres. Le zazen ne produit rien mais révèle tout.
La grande liberté
Vendredi 5 septembre 2003 – le matin
Rentrez bien le menton, étirez la nuque et poussez le ciel avec le sommet de la tête en relâchant bien les épaules. Rentrer le menton signifie de ne pas chercher à saisir quelque chose avec la bouche, il ne s’agit pas seulement de la nourriture mais aussi de laisser l’organe du langage au repos. La langue est contre le palais et on arrête en zazen d’entretenir le discours intérieur en restant concentré sur la posture et sur la respiration. L’esprit fonctionne avec le corps tout entier sans fabriquer de notions, sans s’attacher aux pensées qui émergent. Ainsi, si on est complètement vigilant sur ce qui se passe, sur les phénomènes qui surgissent en nous et autour de nous, l’esprit n’est pas limité par l’apparition et par la disparition de ces phénomènes. On les perçoit simplement tels qu’ils sont, sans les saisir ni les rejeter. C’est l’attitude de base du zazen. C’est ce qui permet de pratiquer avec une grande liberté, avec un esprit qui n’est dérangé par rien et surtout pas par la volonté de saisir, de rejeter ou de parvenir à quelque chose. C’est ce que tous les pratiquants de la voie du Bouddha souhaitent atteindre. La voie du Dharma, la réalité telle qu’elle est, dont la réalisation est de nature à nous apaiser. Ce que l’on souhaite atteindre est déjà là, existe depuis toujours et se manifeste à chaque instant. Le réaliser ne dépend pas de la puissance de nos pensées ou de la force de notre volonté mais au contraire de lâcher prise et d’arrêter de faire obstacle à la réalisation. C’est en fait devenir « un » avec ce qui est, tel que c’est, devenir « un » avec l’essence des choses. Cela signifie trouver un esprit fluide qui ne demeure sur rien qui est « un » avec l’interdépendance. C’est un esprit solidaire de tous les êtres. Cela ne veut pas dire pour autant devenir « un » avec les passions, les bonnos et les illusions car cela serait comme se jeter dans le feu en croyant pouvoir l’éteindre ainsi.






