Extrait d'un enseignement oral de Roland Yuno Rech sur le theme de la compassion dont le fichier texte a pour date de création le 31/10/2001.
(...) La voie du zen ne consiste pas à se couper du monde mais à pratiquer avec et pour les autres.
Mais même si on répète que le bodhisattva fait passer le salut des autres avant le sien propre, en réalité il est en contact avec l’ainséité dans laquelle il n’y a plus d’avant ni d’après, ni différence entre soi et les autres.
Animé par cette compréhension ultime, il cherche les moyens habiles pour aider les autres à se libérer eux-mêmes et autrui. Il pratique cela avec un esprit mushotoku, sans attendre de reconnaissance et sans exercer de pouvoir sur les autres : le pouvoir de la sagesse et de la compassion qui passe par lui ne lui appartient pas ; ce n’est pas lui qui sauve les autres mais la voie, la pratique elle-même qui n’appartient ni à soi ni aux autres. Sa compassion le porte juste à être au service de cela.
Une des caractéristiques de la compassion est sa créativité en moyens appropriés pour favoriser l’éveil et la libération de chacun.
C’est pourquoi la compassion a besoin de la sagesse et les deux sont réunies comme les mains en zazen. C’est zazen lui-même qui réalise la non-séparation entre soi et les autres, lorsque cessent nos fabrications mentales et que se réalise un esprit vaste et disponible.
Lorsque Shakyamuni réalisa l’éveil à l’aube, il dit : « J’ai réalisé l’éveil avec tous les êtres ». Ce « avec » est cette harmonie qui se réalise à partir du cœur (shin-kokoro). C’est aussi ce que Maître Dogen appelait doji jodo, la réalisation simultanée de la voie, au-delà de tout effort conscient.
Mais si cela se réalise à un niveau invisible du fait de l’interpénétration de tous les phénomènes, pour aider l’autre en pratique il est important de se dépouiller de ses propres attachements, sinon, nous ne voyons pas l’autre tel qu’il est mais seulement à travers le filtre de nos propres projections. Cela inclut le fait d’abandonner le projet de partager avec les autres sa propre compréhension.
Nous devons réaliser qu’en dernier lieu, il n’y a rien à enseigner ni personne qui enseigne ; personne qui sauve et personne qui est sauvé.
Ce qui rend possible la réalisation du vœu de sauver tous les êtres est la confiance dans le fait que tous les êtres sont déjà et depuis toujours la nature de Bouddha.
C’est cette foi qui soutient la grande compassion. Toutes les paramitas ou pratiques des bodhisattva sont l’expression de celle-ci dans l’action : se donner à la voie et donner à tous les êtres ; l’esprit de fuse est la première forme de la compassion qui agit avec générosité.
La pratique des préceptes n’est pas l’effet de la peur d’un mauvais karma ou du désir égoïste d’accumuler des mérites mais l’effet de la compassion qui évite de créer des causes de souffrance et agit pour le bien de tous les êtres. Par compassion, il est impossible de tuer, voler ou mentir. Pour exercer la grande compassion, on mobilise une grande énergie et utilise une patience infinie.
Enfin, même si tous les êtres sont vides d’ego, on en prend soin avec compassion et cette compassion s’adresse également à soi-même comme aux autres, rejoignant la recommandation de Jésus d’aimer son prochain comme soi-même, car comme le disait souvent Maître Deshimaru, sans être dans les conditions normales, on ne peut véritablement aider les autres. Ce n’est pas notre intention qui aide mais notre réalisation, la voie qui s’exprime à travers nous.
A notre époque où l’interdépendance de tous les êtres est devenue planétaire et joue pour le meilleur et pour le pire, il est plus que jamais évident que la libération collective des causes de la souffrance ne peut être séparée de la libération intérieure de tout ce qui conditionne nos attitudes égoïstes. Contrôler l’agressivité et la violence est devenu un problème fondamental de l’humanité. La meilleure manière d’y parvenir est de s’éveiller à la véritable nature de notre vie qui est unité avec tous les êtres et non quelque chose de limité et constamment menacé, qu’il faut défendre envers et contre tous.
La pratique de la grande compassion est à la fois la graine et le fruit de cette nécessaire libération. Le monde autour de nous reflète notre esprit intérieur :
si nous haïssons, le monde nous renvoie de la haine, si nous aimons, le monde nous renvoie de l’amour,
si notre esprit est dirigé par la compassion, il guidera nos paroles et nos actions et fera changer le monde autour de nous.





