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La compassion des êtres d’éveil

Zazen - Retraites - Sesshin

Rubrique : Kusen retranscrit

Étiquette : 2025 | Article | Yuno Rech

Le grand vœu de compassion des êtres d’éveil

Maître Deshimaru disait que le zen est la religion de l’amour car c’est la Voie du bodhisattva qui fait le voeu d’aider tous les êtres à se libérer de leurs souffrances et à réaliser le véritable bonheur en s’éveillant à leur véritable nature.
En effet le premier des Quatre Voeux du bodhisattva est : "Aussi nombreux que soient les êtres sensibles, je fais le voeu de les sauver tous".

Les êtres sensibles ce sont tous les êtres qui transmigrent dans les six mondes de transmigration. Suivant la cosmologie bouddhiste cela veut dire les êtres qui vivent en enfer, les esprits faméliques, les animaux, les êtres humains, les titans ou déités combattantes - et les deva, déités qui vivent dans les cieux mais ont une existence impermanente et sont dans le samsara comme les autres.

Chaque être qui vit dans ces six mondes s’y trouve par suite de son karma et pour une durée limitée.

Dans le bouddhisme, quand on parle de sauver les êtres, cela veut dire les sauver de la nécessité de renaître dans un de ces six mondes, donc les aider à réaliser le nirvana qui est l'extinction des causes de renaissance dans le samsara, le monde où il y a naissance, maladie, vieillesse, mort, et toutes sortes de souffrances et d’insatisfactions liées au caractère impermanent et limité de l’existence. Le bodhisattva, en faisant ce voeu, s’oblige à rester luimême dans le samsara avec les êtres sensibles aussi longtemps qu’il en reste un seul qui transmigre dans ces six mondes.

Cela semble vouloir dire que le bodhisattva renonce à son propre éveil, du moins à sa libération du samsara, pour un temps probablement infiniment long. Ce voeu ressemble à un renoncement. Mais c’est un voeu de compassion pour tous les êtres et de renoncement au désir égoïste d’être sauvé seul et le plus vite possible.

Mais au fond, le fait de faire profondément ce voeu et de l’accepter, implique d’être déjà éveillé et libéré.

Si en réfléchissant à notre voeu, on le fait sans regret, sans impression de se sacrifier, on est déjà dans l’état d’esprit d’un être éveillé et libéré même si notre karma, nos conditionnements ordinaires, nous reprennent dans la vie quotidienne et si on s’aperçoit qu’on n’est pas toujours à la hauteur de ce voeu. Si on le fait vraiment, c’est néanmoins une expression de l’éveil et de la libération.

Le bodhisattva n'a cependant pas d'attachement au samsara à cause de la sagesse qui lui permet d'en voir les limites et l’urgence à s’en libérer. Par sagesse, - sagesse et compassion étant au même niveau pour le bodhisattva,- il réalise qu’il faut s’en libérer, et par
compassion il accepte d’y demeurer pour aider les êtres.

Traditionnellement dans le bouddhisme on décrit la carrière du bodhisattva avec dix étapes et la dernière, point ultime de son cheminement dans les « Dix Terres », est l’état de samyaku sambodai : un bouddha parfait et omniscient.

Mais pour Maître Dogen faire ce voeu est déjà la réalisation de l’éveil parfait, ce n’est pas une étape provisoire. C’est l’expression de notre nature de bouddha. Si on peut prononcer ce voeu, c’est parce que nous avons déjà réalisé notre nature de bouddha, la nature de bouddha n’étant pas un idéal à atteindre dans un lointain futur, mais la base même de notre existence en totale interdépendance avec tous les êtres, à chaque instant de notre vie. Cela implique de se sentir solidaire de tous ces êtres dont nous sommes totalement interdépendants. C’est la véritable nature de notre existence, et le comprendre c’est la sagesse fondamentale.

Le grand vœu de compassion des êtres d’éveil - Le texte complet

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