Kusen de Roland Yuno Rech, donné lors de la sesshin de La Teste le vendredi 28 novembre 1997 - Zazen de 11 heures
Dans l'enseignement du zen on insiste tout le temps sur la pratique de la concentration. Être concentré, être centré ici et maintenant, ne pas se laisser disperser, se donner la possibilité de percevoir ce qui est ici et maintenant pour une vision plus juste de notre existence, source de sagesse : la sagesse - non pas la sagesse intellectuelle née d'une accumulation de savoir, de concepts, issue du cerveau gauche et entraînant la division, la séparation. Mais au contraire la sagesse intuitive, condition normale du corps et de l'esprit pour retrouver une vision en harmonie avec la réalité. On l'appelle dans le zen, la sagesse Hannya, en sanscrit Prajna.
Elle provient de la conscience Hishiryo, au-delà de la pensée, de la non-pensée. Aller au-delà de toutes nos oppositions, de nos dualités.
Dans la sesshin, on peut pratiquer concrètement en ramenant constamment son esprit dans son corps, à ce qui se passe ici et maintenant, assis en zazen, la respiration, gasshô, la marche, le sampaï, les cérémonies, les repas, les samus.
Toute la vie durant une sesshin est l'occasion de retrouver l'unité du corps et de l'esprit, au lieu de marcher à coté de ses pompes.
La sagesse Hannya n'est pas seulement une sagesse centrée sur elle-même, elle est la vision claire qui ne met plus de séparation entre soi-même et les autres. Elle voit le point commun qui nous relie ; Cette sagesse est source constante de compassion, de sympathie pour tous les êtres. C'est une sagesse active et pas spéculative.
Dans le zen, ce que l'on a réellement compris, c'est ce que l'on pratique. Si on a compris que l'autre et moi nous ne sommes ni différents mentalement, ni séparés réellement, on ne peut pas ne pas pratiquer cela, l'actualiser. Si on n'actualise pas, c'est que l'on a pas réellement compris. L'enseignement du zen est fondé là-dessus.
Le satori n'est pas une illumination spéciale, c'est l'actualisation de cette compréhension dans la vie quotidienne. Cette sagesse de la compassion est celle que nous chantons tous les jours dans l'Hannya Shingyo.
Prajnâ Pâramitâ… Maître Dogen l'a repris et développé dans un chapitre du "shobogenzo" qui s'appelle "maka hannya haramita ko". Il va me servir de fil conducteur durant cette sesshin. Maître Dogen dit : le Bodhisattva Avalokitesvara pratique la grande voie, à travers la sagesse Hannya Hara mitsu.
Il perçoit que l'existence formée de cinq agrégats, cinq constituants dans notre propre existence ici et maintenant. Il y a le corps (à travers les formes, les couleurs), les sensations, les perceptions, le domaine du désir ou de la volonté (Samsara en sanscrit) et enfin la conscience.
Quand il observe cela, comme nous-mêmes nous observons que notre existence est composée de cinq groupes de cinq skandas, alors on peut percevoir la vacuité de notre égo. On peut observer que ces composés sont eux-mêmes vacuité.
Chacun de ces skandas peut-être détachés, mais a son origine dans la sagesse. Concrètement lorsque l'on pratique zazen, on observe ces cinq skandas qui constituent notre personnalité.
On observe son corps, comment on est assis dans son corps ici et maintenant, son énergie ou bien sa fatigue, ses tensions à corriger ou relâcher. Comprendre comment devenir intime avec son propre corps permet de le respecter, de l'aider à retrouver le tonus juste = articulations, posture stable et respecter son rythme également.
Dans le zen, il y a une phrase qui dit : "quand j'ai faim, je mange, quand j'ai sommeil, je dors", pas la peine de rechercher trop d'excitations. Au contraire, être attentif aux besoins de son corps, les respecter ici à travers zazen. On ressent ses besoins, souvent on change sa manière de se nourrir, son rythme de vie en ralentissant l'hyperactivité source de stress, de maladie.
Souvent nous voulons faire beaucoup de choses, au contraire nous nous concentrons à faire bien chaque chose que nous faisons complètement. On observe ce qui est toxique pour son corps et on l'abandonne. On trouve plaisir et joie dans des activités simples comme la marche, le travail physique, comme maintenant être simplement assis avec sa posture et sa respiration, sans éprouver le besoin de chercher ailleurs des excitations, des choses extraordinaires pour oublier son oubli qui provient du fait que l'on est pas en contact avec sa vie ici et maintenant.
Apprendre à mieux se connaître en zazen, c'est apprendre à mieux connaître son corps, c'est apprendre qu'il est impermanent, que le niveau d'énergie change d'instant en instant, changement de cellules. Notre corps est à la fois le résultat de notre karma, c'est à dire le résultat de nos actions passées, notre choix de vie. Il est également totalement interdépendant de tout l'univers, de l'été clair, du soleil, de la nourriture.
Le monde est aussi interdépendant de nous-mêmes. Notre comportement a une action sur l'environnement. Donc retrouver un rythme de vie, une sagesse, un art de vivre qui respecte davantage notre corps, c'est aussi respecter l'environnement. Et au fond, on peut réaliser que ce que l'on appelle notre corps, ne nous appartient pas réellement ; qu'un jour il faudra l'abandonner quoi qu'il en soit. Donc même si on le respecte, si on y est attentif, on n'y est pas trop attaché.
Pas besoin de vouloir devenir coquet ou de devenir plus fort que les autres. Pas besoin de toujours se comparer aux autres, puisque je vis dans ce corps ici et maintenant, comment l'utiliser au mieux ? Pratiquer la voie…
On peut observer que notre corps lui même nous enseigne la voie. Nous savons comprendre, écouter ce qu'il dit.
Par exemple, quand on est dans le refus, dans une posture négative, les épaules se tendent, le plexus se bloque. Quand on observe cela notre corps nous enseigne qu'il y a quelque chose de pas juste qui est en train de se passer. On y est attentif pour l'observer, c'est ainsi une source de comportement juste. Il est important de ne pas ignorer, méconnaître ce que notre corps montre.
Ne laissez pas votre tête pencher en avant, redressez-vous bien. Si elle tombe en avant, elle vous montre que vous vous laissez absorber par vos ruminations mentales.
En tenir compte c'est redresser la tête respirer calmement et laisser passer les pensées.






