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Gyobutsuji

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Gyobutsuji

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Alors que j’étais rentré rapidement du Japon pour rencontrer Maître Deshimaru, je suis resté un an sans pouvoir m’adresser à lui autrement que dans des mondos.

Croisant son regard j’avais l’impression que mes questions personnelles n’avaient plus aucune importance. C’est au fond la même expérience que lorsque l’on retourne son regard vers soi-même en zazen : la bulle de notre ego éclate et il n’y a plus rien à quoi s’accrocher. Mais alors qu’on peut s’illusionner soi-même en zazen, ce n’est plus possible face au maître, car on sait qu’il peut nous démasquer.

Pendant les dix ans que j’ai pratiqué avec Maître Deshimaru, sa présence était un rappel constant de la phrase qu’il aimait calligraphier sur les kyosakus : « Maku moso », ne créez pas d’illusion. Sa propre manière de ne pas chercher à protéger une image de maître idéal, et de confesser ses attachements, était l’illustration vivante de la phrase de Maître Dogen : « Les gens ordinaires sont ceux qui s’illusionnent sur l’éveil. Les bouddhas sont ceux éclairent leurs illusions. »

Mais au fond ce n’était pas seulement lui qui éclairait ainsi mais la force de sa foi et de sa pratique de zazen. Il se regardait en zazen et son regard était zazen.

Ce qui m’impressionnait le plus en lui était qu’il montrait comment on peut vivre en étant entrainé par zazen au-delà de ses limites personnelles. Sa pratique lui donnait une grande franchise. Il ne cachait rien de lui et il partageait avec tous les êtres les enseignements qu’il avait réalisés sans rien garder pour lui-même. Il se dégageait de lui une énergie qui stimulait l’esprit d’éveil de chacun.

Ce qui m’impressionnait aussi était sa grande compassion qui lui faisait accepter comme disciples tous ceux et celles qui voulaient pratiquer avec lui, même ceux qui dérangeaient sa mission.
Il avait une grande capacité à utiliser les moyens habiles pour accompagner chacun sur la voie. Ainsi, il enseignait toujours ensemble les mérites de zazen et la nécessité de ne pas s’y attacher. Mushotoku était la parole qui revenait le plus souvent sur ses lèvres.

Il s’intéressait à tous les aspects de la société occidentale et avait l’art d’établir des liens entre les problèmes du monde moderne et l’enseignement du zen qu’il présentait comme un remède à la crise de civilisation que nous traversons.
Son enseignement s’adressait à tous les êtres et leur transmettait une fois profonde dans le Dharma.

Il avait une manière très vivante de le transmettre : il s’appuyait sur les grands textes du bouddhisme Mahayana et du zen Soto. Mais ses commentaires ramenaient l’essence de leur enseignement à la vie quotidienne, à la manière de Maître Joshu avec la tasse de thé.

Son dernier message : « Continuez zazen éternellement », nous accompagne depuis déjà un quart de siècle.

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