Enseignement de Yuno rech à la sesshin de Lyon le samedi 15 avril 2006, zazen de 16h30.
Pendant zazen revenez constamment à la concentration sur votre posture. En particulier rentrez bien le menton, ne laissez pas la tête pencher en avant. C’est important de ressentir une certaine tension dans la nuque, une certaine énergie, dans le mouvement de rentrer le menton en arrière. De même on bascule bien le bassin en avant et on ressent une forte énergie au niveau des reins. Cette énergie dans les reins et dans la nuque c’est ce qui soutient la posture, qui évite qu’elle se relâche trop. Se concentrer sur ces points c’est ce qui nous ramène ici à être totalement présent dans ce corps, dans ce lieu, dans cette posture.
Et l’énergie que l’on donne à tenir la posture, même au prix de certaines difficultés pendant les sesshin, c’est une énergie qu’on n’investit pas dans la rumination des pensées. La concentration sur la posture absorbe toute notre énergie. Et il est bon qu’il en soit ainsi, même si la posture est parfois difficile à tenir, ne croyez pas que ce soit un obstacle à la pratique de zazen. Le jour où votre pratique, votre posture sera trop confortable, vous aurez beaucoup plus de facilité à penser à autre chose, donc à ne plus être vraiment présent dans votre corps.
Alors penser avec le corps permet d’abandonner une manière très dualiste de penser, c'est-à-dire penser avec des mots, des concepts, des idées. Penser avec le corps tout entier dans la posture de zazen, permet de penser comme Bouddha. C'est-à-dire de réaliser la conscience hishiryô, au-delà de la pensée et de la non pensée. Et au-delà de l’opposition entre les deux, au-delà de toute opposition.
Le corps lui est simplement présent, naturellement en unité avec tout l’univers. Ne créez pas de séparation. Même la peau, votre enveloppe de peau respire constamment. Respire, transpire, est pleine de trous, pas une véritable séparation. Mais le mental lui crée des séparations, s’attache à des pensées, crée des opinions sur toute chose, de là beaucoup de complications d’esprit apparaissent, des conflits parfois, en tous les cas des souffrances.
Penser comme Bouddha c’est réaliser un esprit qui ne demeure sur rien, ni sur les pensées qui surgissent, ni sur la non pensée ou la vacuité, c’est le coeur de notre pratique. Et on ne peut pas vouloir le réaliser ; ça se réalise, par le pouvoir de zazen. Un zazen où on est absorbé par la concentration sur la posture, et où on est présent dans sa respiration, dans chaque respiration.
Dans le Shobogenzo Yuibutsu, Maître Dôgen nous dit : « Le Dharma de Bouddha ne peut pas être connu par une personne. » Autrement dit, il est complètement au-delà de notre compréhension. En tant que personne humaine. En tant qu’ego humain. « Pour cette raison, depuis les temps les plus anciens, aucune personne ordinaire n’a réalisé le Dharma de Bouddha. Aucun pratiquant du Petit véhicule, des véhicules inférieurs, n’a maîtrisé le Dharma de Bouddha, car il est réalisé seulement par les bouddhas. Aussi il est dit dans le Sutra du Lotus : « Seuls bouddha et bouddha peuvent complètement le maîtriser. »
Sûrement en entendant cette parole vous vous demandez : Mais qu’est ce que je fais là alors ?
Et bien justement ce je qui pose la question c’est ce qui est en trop. C’est ce qui est abandonné dans la pratique de zazen. Lorsque le zazen est pratiqué dans une totale absorption du corps et de l’esprit dans la posture, alors il n’y a plus de moi en train de faire zazen. Il n’y a plus la personne humaine s’efforçant de comprendre ou de réaliser le Dharma de Bouddha. Il y a seulement la pratique elle-même du corps et de l’esprit qui réalise le Dharma de Bouddha, car la pratique elle-même est bouddha. La pratique elle-même est éveil. Il n’y a pas d’éveil avant la pratique. Il n’y a pas de nature de bouddha avant la réalisation.
Autrement dit il n’y a pas de substance nulle part qui existe par elle-même. Il y a simplement comment nous fonctionnons d’instant en instant. Quand nous fonctionnons à partir de zazen, quand c’est zazen qui nous dirige, et qu’on se contente de suivre zazen, zazen est plus fort que nous, plus fort que notre ego, notre personne humaine.
C’est zazen lui-même qui réalise, c’est zazen bouddha qui nous tire au-delà de nous même. A ce moment là c’est bouddha qui rencontre bouddha. C’est bouddha qui réalise bouddha. Et ça n’a rien de mystérieux. Par contre cela ne peut pas être saisi par le mental, par l’intellect, enfermé dans des mots.
Même dire ce que je suis en train de dire en ce moment est simplement une indication, une direction, pour la pratique. Mais la réalisation dans la pratique elle-même est au-delà de toutes ces paroles. Quant aux pratiquants des véhicules inférieurs dont parle Dôgen, ce ne sont pas seulement ceux qu’on appelle les Hinayanistes, les adeptes du Petit véhicule. Ce sont tous ceux qui pensent que la pratique n’est qu’un moyen, une sorte de technique, pour supprimer les illusions et atteindre l’éveil.
Tant qu’on vit dans cette dualité, dans cette opposition entre des illusions à éliminer et un éveil à obtenir, on ne peut pas pratiquer le zazen de Bouddha, ni réaliser le Dharma de Bouddha. Et la pratique reste laborieuse. C’est sans doute une des raisons pourquoi beaucoup se découragent avec la pratique. Mais si on se plonge complètement dans la pratique en s’oubliant soi-même et en laissant le zazen nous diriger, alors il n’y a plus besoin de tellement d’effort.
Car le pouvoir de zazen est infiniment supérieur au pouvoir de notre petit ego. C’est tout à fait comme un enfant qui prendrait avec confiance la main de son père et se laisserait guider par lui.






