Kusen de maitre Yuno Rech à Gyobutsuji donné le Jeudi 04 Janvier 2018, le matin.
Un jour, deux moines étaient partis en pèlerinage. Ils arrivèrent au bord d’une rivière en crue, il n’y avait pas de bac pour la traverser. Alors ils se sont décidés à passer à gué, trouver un endroit où ils pouvaient traverser à pieds et là, ils rencontrèrent une jeune fille qui n’osait pas traverser la rivière.
Elle demanda l’aide des moines et l’un d’entre eux accepta de la mettre sur son dos. Ils s’engagèrent dans le gué et passèrent avec succès et arrivé de l’autre côté, sur l’autre berge, il déposa la jeune fille qui le remercia. Et ils continuèrent leur pèlerinage.
L’autre moine restait silencieux. Et au bout d’un moment, il finit par dire « tu n’aurais jamais dû porter cette jeune fille sur ton dos, un moine n’a pas le droit de toucher une femme, tu as commis une infraction grave aux préceptes ».
L’autre moine lui dit « la jeune fille, je l’ai déposée sur le rivage, mais toi tu la portes encore dans ta tête ».
Très souvent, nous portons dans notre tête toutes choses relatives au passé qui n’ont plus aucune actualité mais qui nous encombrent l’esprit et nous empêchent d’être présents à la vie nouvelle à chaque instant.
Alors à l’occasion de la nouvelle année, c’est le moment de se concentrer à véritablement renouveler notre vie. Bien sûr, il y a des bonnes habitudes qu’il faut conserver ou même qu’il faut créer car l’habitude facilite la vie. Ne pas être obligé de réfléchir à ce que l’on doit faire, comment on doit le faire. Mais l’habitude ne doit pas devenir la routine.
Le début d’une année, c’est l’occasion d’observer sa vie et notamment à partir de la pratique de zazen, de remarquer toutes les habitudes désuètes, et de retrouver un esprit frais et neuf. L’esprit de zazen, l’esprit qui est capable de lâcher prise à chaque instant de toutes ses fabrications mentales.
Grace à la concentration sur le corps nous sommes toujours parfaitement ici et la respiration sur laquelle nous sommes attentifs nous ramène à maintenant de notre vie réelle. Pratiquer zazen, c’est retrouver constamment un esprit neuf, présent à la réalité toujours nouvelle.
Ce zazen ne doit pas se limiter au temps que nous passons au dojo, à partir de zazen nous pouvons continuer dans la vie quotidienne à revenir périodiquement à la concentration sur le corps mais pas forcément assis en zazen mais aussi lorsque nous marchons, lorsque nous mangeons, lorsque nous travaillons. Revenir au corps, revenir à la respiration, revenir à l’ici et maintenant. Laissez tomber ce qui n’a rien à voir avec la vie réelle actuelle et ainsi pouvoir être créatif dans sa vie, sortir de la routine, inventer de nouvelles manières de fonctionner, plus en harmonie avec ce que le zazen nous enseigne. C’est à dire une vie en unité avec notre environnement, une vie où l’on assume pleinement notre interdépendance avec tous les êtres, donc une vie plus responsable, et donc plus porteuse de sens, un sens réel, le sens de l’harmonie avec tous les êtres.
C’est le sens de la pratique de la voie et tous les phénomènes de la vie quotidienne sont des occasions de pratiquer cela. Ainsi partout est un dojo, toujours est le temps de la pratique. Tous les phénomènes sont des koans qui nous révèlent la vérité pour peu que notre esprit soit ouvert et réceptif pour l’accueillir. C’est ce que permet la pratique régulière de zazen chaque matin.
Alors puisque c’est la période des vœux, je souhaite à chacun d’entre vous de continuer cette pratique matinale et de la poursuivre tout au long de la journée et ainsi de pouvoir faire rayonner l’esprit de zazen autour de soi pour le bien de tous les êtres.
Un esprit de paix, de joie, de liberté. Meilleurs vœux pour cette nouvelle année.





