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Une foi profonde

Zazen - Retraites - Sesshin

Rubrique : Kusen retranscrit

Étiquette : 2008 | Yuno Rech

Pendant zazen, ne continuez pas à ruminer vos pensées. Revenez constamment à la concentration sur le corps, dans la posture juste de zazen et sur la respiration.

Il est important lorsque l’on pénètre dans le dojo que le mode de fonctionnement de notre esprit change radicalement. Si l’on transporte l’esprit ordinaire de la vie quotidienne dans le dojo et que l’on continue à penser de la même manière, bien que le zazen ait la forme extérieure juste, si l’esprit reste attaché à ses pensées, à ses désirs, à ses aversions, et continue à les ruminer, ce n’est pas la véritable pratique de zazen, seulement l’apparence.

Si l’on ne se concentre pas sur la véritable pratique, s’il n’y a pas un véritable lâcher-prise par rapport à nos conditionnements mentaux, même si l’on pratique longtemps, il n’y a pas de changement profond, pas de véritable éveil.
Souvent on ne fait que transposer dans la pratique de la Voie notre esprit ordinaire, esprit qui discrimine, qui juge, qui désire, qui rejette, au lieu de réaliser l’esprit vaste qui s’abstient de toute discrimination et qui englobe toutes choses d’un seul regard, sans prendre parti ni pour ni contre.

Cela ne veut pas dire être aveugle, ne pas voir ce qui est en soi-même ou autour de soi, mais voir sans juger, voir que tout ce qui se manifeste est le fruit de causes et de conditions, est complètement sans substance. La meilleure chose que l’on ait à faire est de réaliser cela et de réaliser ainsi un esprit qui ne demeure sur rien.

Même si les enseignements du Bouddha sont une aide précieuse, rien ne remplace une foi profonde dans la pratique de zazen elle-même, un zazen avec shin jin datsu raku, un corps et un esprit dépouillés, abandonnés à la pratique elle-même.

Deshimaru nous racontait l’histoire d’une vieille dame qui était allée s’enquérir du Dharma auprès d’un moine qui était un peu ignorant au sujet du bouddhisme. Il n’avait pas étudié tous les soutras. Quand elle le rencontra il était assis en zazen. Elle commença à le questionner mais le moine ne savait pas quoi répondre. Donc il continua simplement à pratiquer zazen en silence. Et finalement cette dame fut complètement impressionnée par sa pratique et s’éveilla réellement au sens du Dharma de Bouddha : la pratique au-delà des mots, au-delà des explications, au-delà du langage.

Maître Deshimaru racontait cette histoire à propos de la véritable foi, sho shin. Cette foi que nous réalisons lorsque nous pratiquons véritablement zazen, en abandonnant toute préoccupation autre que d’être simplement assis.

Alors on réalise intimement que cette pratique, sur ce zafu, nous fait être à notre véritable place dans cet univers. Beaucoup de gens cherchent leur place en attendant une reconnaissance des autres. Certains souffrent de ne pas trouver leur place dans la société, dans un groupe, dans une famille…

Mais notre véritable place n’est pas constituée par un lieu particulier ou une fonction. Mais par le fait d’être véritablement « un » avec la vie de chaque instant, où que l’on soit, abandonnant l’esprit qui quémande toujours autre chose et recherche toujours un ailleurs où ce serait mieux ; y compris un ailleurs dans l’esprit, croyant que d’acquérir des connaissances permet de s’éveiller. Alors qu’il s’agit au contraire de se dépouiller de tout ce qui obscurcit notre esprit, de toute notion, de tout attachement à quoi que ce soit.

Le cas de ce moine ignorant n’est pas unique. Lorsque l’on nous demande pourquoi l’on continue zazen, si l’on y réfléchit profondément, on s’aperçoit que l’on ne peut pas vraiment répondre à cette question. Et ce non-savoir est la véritable foi, c’est-à-dire le fait d’être intime avec ce qui ne peut pas être limité par le langage, expliqué avec des mots. Ce que les mots peuvent indiquer c’est le chemin à suivre, la façon juste de pratiquer mais la réalisation ne peut venir que de la pratique elle-même, au-delà de notre conscience personnelle.

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